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                Jikiren 

~ Chapitre 2 : La naissance d'un héros ~ 

Jikiren. D’après la définition du dictionnaire Walter international, c’est un : nom propre masculin singulier, invariable. Ce sont les êtres engendrés par les expériences visant à améliorer les caractéristiques physiques humaines, cf : transhumanisme.

 

Quant à celle du Kata-Ziran : nom propre masculin singulier, invariable. Terme issu de la phonétique Grecque « Kata » signifiant contre et de celle Chinoise « Ziran » signifiant nature ; utilisé par les anti-transhumaniste pour désigner l’espèce humaine dans les années 2200. Cf :Weida Cladé.

Il y a de cela soixante ans, naissait un jeune garçon, Akia Higano. Il était resté plus d’un demi siècle dans un état de transe végétative. Sans conscience, sans cœur pour battre, seule son enveloppe corporelle, celle d’un nouveau né, témoignait de son existence. Par le fruit des efforts d’une civilisation jadis en plein essor, ce jeune garçon avait pu contrer les effets de la morsure du temps, et ainsi conserver son esprit, son corps et son âme à l’abri de ce prédateur sans merci. Aujourd’hui, plus de six cents ans après Weida Cladé, ce garçon pourtant en apparence si banal allait voir son destin bouleversé. Il n’était pas l’élu d’une quelconque prophétie. Il n’était pas le seul à pouvoir accomplir une lourde tâche. Il était celui qui oserait, celui qui prendrait le risque d’agir.

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Sa mère, Asatada et son père Mitsu étaient tous deux des parents heureux et chaleureux.

Asatada avait été architecte, rantière, accompagnatrice et même ordeuse mais aucun de ces métiers ne lui avaient convenus. Tous le monde s’était mit d’accord pour dire que ce serait mieux si elle restait à la maison pour s’occuper des animaux, du potager, du mobilier et surtout d’Akia. Ayant fait elle même les plans de leur maison lors de sa construction, avec l’accord de son mari, elle adorait leur habitation. Elle n’était d’ailleurs pas la seule, tous l’aimaient. Famille, amis, visiteurs.

Sur une base solide de deux étages ainsi qu’un grand sous sol, cette dernière partait sur de bonnes bases. Pour rejoindre l’entrée principale, il fallait passer par sa rangée de sapins sentant des effluves épicées, similaires à celles de la période de noël, lorsque la famille est réunie autour du feu qui crépite dans la cheminée, et prépare les sablés. Laissée un peu à l’abandon ces dernières années, Mitsu comptait bien apprendre à son fils à tailler cette haie qui méritait que l’on lui donne une seconde jeunesse. En dehors de cette rangée de sapins, le terrain était sale et boueux en saison pluviale, et sec et craquelé en période de sécheresse. À la limite de leur propriété, ils ne s’en occupaient pas, c’était en quelques sortes la tâche qui venait gâcher le tableau de peinture jusqu’alors parfait. À l’intérieur des rangées de pins, les allées étaient pavées. En été comme en hiver, il était agréable de venir s’y promener, pouvoir sentir le doux vent frais glisser sur ses joues et profiter de la subtile odeur des sapins, parfois mélangée avec celle de la pluie sur le bitume. Quelquefois, une branche de sapin ou deux dépassaient, allant fouetter les passants qui s’en approcheraient trop.

La porte d’entrée était en métal peint en marron pour donner une impression de bois. Lourde à l’ouverture, elle donnait du fil à retordre aux invités qui tentaient de passer au travers.

C’était Mitsu qui avait tenu à faire installer une porte de la sorte, cela lui rappelait son enfance, une enfance terrible, mais à laquelle il tenait. De l’autre côté de cette porte poussant un horrible grincement à chacune de ses ouvertures ainsi qu’un affreux frottement contre le sol dans lequel se prenait parfois quelques cailloux, se trouvait une sorte de pièce intermédiaire. Croisement entre un salon et une véranda, elle servait à observer les éventuels assaillants qui tenterait de vendre leurs produits. Les murs peints en marron et vert paume permettaient à l’esprit de se reposer en prenant un peu de lecture. La luminosité n’y était jamais forte, mais une petite lampe incrustée dans le mur permettait d’y voir sans trop de difficulté. Dans certains cas, cette pièce servait aussi de rempart entre le salon et l’extérieur, afin d’éviter que les plus intrusifs n’arrivent directement dans la demeure. Trois canapés s’y trouvaient alignés pour permettre aux plus exténués d’y asseoir leur derrière, voire de faire une sieste.

Ce soir là, c’est Mitsu qui y était. Il ne rentrait pas encore dans le salon, repensant à la trouvaille qu’il avait faite quelques semaines plus tôt dans son travail.

Chef d’une entreprise de plus de sept cents employés, l’entreprise WANA dont les initiales étaient : We Are Not Alone. Elle avait pour but de prouver que d’autres vies existaient, en dehors de la planète. Finalement, il se décida à franchir la seconde porte d’entrée, pour rentrer véritablement chez lui rejoindre sa femme en attendant leur fils.

 

Akia avait bien grandit, il avait à présent douze ans et venait d’entrer au collège.

C'était un enfant tout à fait comme les autres. Il avait quelques connaissances et deux ou trois amis qu’il n’avait pas toujours choisi de son plein gré, les ayant parfois choisi selon le contexte plus que par ses envies. Ni cancre, ni premier de la classe, il était on ne peut plus banal.

Le jeune garçon n’avait pas encore de petite amie. En général assez timide, lorsqu'il s'agissait de parler à une jolie fille, le monde semblait s’écrouler sous ses pieds.

Son meilleur ami, Yoko Zawa, était assez particulier. Il avait redoublé une fois, mais était pourtant toujours aussi affligeant. Il ne comprenait rien aux cours et préférait s'entourer de ceux ayant le moins d'amis, comme s'il voulait les aider. Bien qu’il put sembler bête, il ne l'était pas du tout, sa culture générale était impressionnante. En plus de ça, il était le plus rapide de sa classe à la course.

Akia était rentré depuis maintenant six mois au collège. Il se laissait entraîner par le courant des choses. N’étant ni foncièrement heureux ni malheureux. Sans le leur avouer directement, il enviait ses parents. Il enviait leur réussite professionnelle mais aussi et surtout celle sociale, car il le savait, riches ou pas, ils resteraient les mêmes, toujours de bonne humeur, bien entourés. Ce qu’il enviait le plus chez eux sans même le savoir, c’était donc leurs propres valeurs personnelles. Il les admirait pour ce en quoi ils croyaient et leur détermination, qu’importe leur statut social ou leur richesse.

Le jeune garçon pensait souvent à cela sur le chemin du collège, lorsqu’il s’y rendait à pied, tous les jours. Arrivé devant la grille du bâtiment, il laissa son œil se faire scanner par un rayon biométrique et entra.

 

Huit heures plus tard, lorsque les cours furent terminés, il rentra chez lui, épuisé.

– Salut.

– Salut fiston, le collège s'est bien passé ?

– Oui oui, comme d'habitude. J'aurais une question à te poser en fait.

– Vas-y.

– Dans ton métier, tu cherche à prouver l'existence d’extraterrestres. Mais euh...

Le jeune garçon réfléchit à la manière dont il allait formuler sa question.

– Enfin je sais pas, c’est bizarre quand même. Pourquoi tu penses qu’il y en a ?

– Tu sais, c'est compliqué à expliquer. Je préférerai t’en parler quand tu seras plus grand, d’ici un ou deux ans.

– Dans «d’ici un ou deux ans» il y a le mot «ici» donc tu peux m’en parler maintenant, tenta ironiquement Akia qui aimait bien jouer sur les mots.

– Ah ah oui ! Bon d’accord. Je vais t’expliquer deux trois trucs. Déjà, je pense que le rôle des JÄ«qìrén est plus important que ce que l’on veut bien nous laisser croire…

Mitsu s’arrêta quelques instants, puis reprit le fil de sa discussion.

– Mitsu ! Arrête, ne lui raconte pas ces histoires ! D'ailleurs tu commence vraiment à m'énerver avec ça ! Intervint la mère du jeune garçon, Asatada.

– Mais enfin chérie, il a le droit de savoir, et puis il est grand maintenant, il a 12 ans.

– Tu fais exprès de me contredire devant lui tout en sachant qu'il n'aime pas que l'on dise qu'il est petit. Ce n’est pas toi qui viens de dire qu’il était trop petit en plus ?

– Maman je veut savoir, je suis plus un enfant !

– Vas-y, dis lui, vous êtes deux contre moi de toute façon, je ne peut rien faire, se résigna la mère.

– Bon je vais t'expliquer, mais je ne te le dirait qu'une seule fois, et puis après tu iras remercier ta mère parce qu'elle t'a laissé écouter.

– Oui oui vas-y raconte, je le ferai, répondit Akia, pressé d’en apprendre enfin plus, depuis le temps qu’il recevait des informations au compte gouttes sur le mystérieux métier de son père.

– Tu es sûr que tu veux savoir Akia ? Je te préviens juste, même si je pense pas que tu changeras d’avis.

– Tu pensais vraiment que j’allais dire non ?

– Bon, très bien. On va dire que je suis certain que les extraterrestres existent, oui. Pas des extraterrestres comme on peut en voir dans les films de science fiction qui font deux mètres de haut et qui sont tout noirs avec de grandes dents. Déjà est-ce que tu sais ce que ça veut dire extraterrestre ?

– Ça veut dire en dehors de la Terre ?

– Oui c’est ça, donc en fait, même une météorite ou le soleil sont des objets extraterrestres. Mais quand on parle d’un extraterrestre on pense quand même plus à un être vivant. Et bien moi je pense que des gens comme toi et moi, deux bras, deux jambes un cerveau et tout le tintouin vivent ailleurs que sur Terre.

– C’est vrai que c’est un peu nul comme scénario de science fiction, ironisa le jeune garçon. Pourquoi tu penses ça ?

– Je peux pas te dire exactement pourquoi, mais j’en suis convaincu c’est tout. Ce qui est très dur, c’est de prouver ma théorie aux gens. Même si on capturait un extraterrestre et qu’on le leur amenait sous les yeux, s’ils sont exactement comme nous, ils le prendrait juste pour un fou, ou quelqu’un qui veut faire parler de lui. C’est pour ça que je recherche des preuves sur Terre de leur existence, des traces qu’ils auraient pu laisser. Les gens doivent être au courant.

– Tu dis qu’il y en avait sur Terre avant ?

– C’est bien plus extraordinaire que ça Akia, mais je t’en ait déjà trop dit. Quand tu seras plus grand, je te raconterai tout.

– Parles moi au moins d’une des preuves que tu as trouvé.

Mitsu tourna son regard vers Asatada qui haussa les épaules. Il comprit qu’il aurait à faire à elle après, mais il décida tout de même de faire part de sa découverte à son fils.

– Il y a quelques semaines, mon équipe et moi avons découvert sous terre dans un tube en verre des inscriptions en anglais.

– En anglais !? S’étonna le jeune garçon.

– Oui, cette langue a disparut depuis plusieurs siècles déjà mais, on peut déjà savoir que cela ne date pas d’hier. Le tube a d’ailleurs été analysé et daté de plus de six cents ans. Voilà ce qu’il était écrit :

Planète VXK78 non viable. Son étoile est trop éloigné, sa température est de 8° en moyenne. De l’eau liquide apparaît cependant aux environs de l’équateur. Elle est inhabitée, à l’exception de quelques bactéries étranges non répertoriées.

– Je te passe les détails ennuyants. Le message disait après qu’elle était cependant intéressante car difficilement détectable.

Nous laissons quatre capsules à ces coordonnées.

– Ils ont ensuite énoncé des coordonnées dont l’une d’elle correspondait exactement à l’emplacement du tube que nous avons trouvé.

Nous devons repartir à cause des Jiqiren. Mais nous ne perdons pas espoir, le type aux cheveux rouge à encore fait des siennes, on a peut être une chance après tout.

– Et voilà, c’est tout, termina son père. Si je tiens tant à montrer au reste du monde que nous ne sommes pas les seuls c’est parce que les gens ont le droit de savoir ce qu’il se passe en dehors de notre petite planète.

– Mais alors, ça veut dire quoi ? Voulut savoir Akia, des extraterrestres étaient ici avant ?

– Je t’en ai déjà trop dit Akia, imagine ce que tu veux.

– Peut-être que certains sont encore là. Peut-être même qu’ils se confondent avec nous si ils ressemblent vraiment à des humains ! C’est vrai du coup ils ont parlé de quelqu’un qui avait les cheveux rouges. Mais euh… attends, ils ont bien parlé de Jiqiren là ?

– Je t'avais dit de ne pas lui dire ! Intervint sa mère.

– Nous en avons déjà discuté, il faut au moins qu’il sache certaines choses.

– Parce qu’il y a d’autres choses à savoir ? s’étonna Akia.

Asatada coupa Mitsu avant qu’il ne puisse répondre.

Le jeune garçon eut beau leur poser pleins de questions, ses parents restèrent muets comme des tombes. Finalement, tous allèrent se coucher.

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