Jikiren
~ Chapitre 1 : Anté-Weida Cladé ~
Le 20 janvier 1996, quelque part en Mongolie, dans l’État de Zavkhan, se dessinaient des traces de pas dans la neige, tandis que les rayons du Soleil inondaient lentement la plaine, faisant rougir la neige sur leur passage.
Deux, trois, quatre ; il y en avait douze au total. Douze talons crissants sur la fine neige tombée dans la nuit. Six humains armés jusqu’aux dents, prêts à déverser leur puissance de feu à la moindre menace. Prêts à transformer en gruyère la cible insouciante qui aurait l’audace de passer devant leurs armes.
Sous les ordres de leur colonel, le groupe armé avançait prudemment, à l’affût, tels des guépards chassant silencieusement leur proie. Pourtant, leur proie n’avait rien d’une gazelle. Blanche, oblongue et bipède, tel était son portrait robot. Le colonel Jones ne se doutait pas un seul instant que sa découverte bouleverserait le destin de l’humanité.
Bientôt, le nid des proies apparut. Au loin, à demi-masqué sous une couche de neige opaque, s’esquissait une forme ovale. Tenant fermement leurs M16, les militaires continuaient d’avancer sous les ordres silencieux du colonel qui agitait ses mains. Se servant habilement de la végétation pour avancer tout en se camouflant, ils finirent par atteindre leur cible. Seulement, ces cibles n’avaient jamais étés des cibles, elles avaient attendus gentiment que les chasseurs viennent à eux afin de mieux les observer. Une vingtaine de petits êtres blancs, bipèdes tournaient en rond autour de la forme ovale recouverte par la neige.
Cette forme, c’était leur vaisseau spatial.
Le groupe humain pointa alors immédiatement ses armes sur cette potentielle menace.
– Qui êtes-vous ? Lança le colonel.
Les petits êtres blanchâtres et à l’apparence inoffensive ne répondirent pas, si tant est qu’ils en aient eu la capacité. Leur anatomie ne semblait pas le leur permettre. Rien sur leur corps ne se rapprochait de près ou de loin à une bouche, des oreilles ou encore des yeux. Les membres qui semblaient leur servir de jambe étaient inclinés à 45° vers le bas, donnant lieu à un étrange spectacle lorsqu’ils se déplaçaient, comme s’ils étaient en permanence sur le point de tomber en arrière.
– Répondez ! Qui êtes-vous et que voulez-vous ? Demanda à nouveau le colonel tout en tentant de masquer son mélange de peur et de fascination.
Aucun des ces êtres blancs ne daigna faire le moindre geste indiquant qu’il aurait comprit.
– Nous ne sommes pas venus sans scrupule, nous n’avons aucune mauvaise intention de fond, se mit soudain à parler la petite voix dans la tête du colonel, contre son gré.
Tous les soldats qui avaient eux aussi entendu cette voix dans leur tête cherchèrent son origine autour d’eux, interloqués.
– Les sons que vous assimilez sont issus de nos pensées. Elles sont le fruit de nos ressentis, continuèrent les petites voix, en fait prononcées par les extraterrestres.
Chacune des paroles prononcées par ces êtres semblaient magiques, irréelles, toutes droits sorties d’un compte de fée.
– Et… vous comprenez ce qu’on dit ?
– Nous lisons vos émotions. Les mots que vous soufflez n’ont aucun sens à notre perception.
Un des êtres blancs s’approcha du groupe humain. Les soldats restèrent pétrifiés face à ces êtres venus d’ailleurs, ils étaient complètement démunis.
– Nous comprenons votre désarroi, nous aussi sommes passés par là.
Lorsque nous vous avons trouvé, nous étions en quête d’une espèce extraterrestre à notre planète.
– Comment vous appelez-vous ? Interrogea alors le colonel Jones.
Seule la brise des plaines mongoliennes se manifesta, laissant un silence sifflant pour seule réponse.
– Comment devons nous vous appeler ? Tenta-t-il à nouveau.
Encore une fois, les extraterrestres ne répondirent pas.
– Je pense qu’ils ne peuvent pas, mon colonel, intervint une jeune femme.
– Continuez Sanders.
– Eh bien, si leurs pensées nous sont retranscrites sous la forme d’un langage que nous pouvons comprendre, je pense qu’ils ne peuvent pas formuler quelque chose que nous n’avons pas encore nommé. En pensant au nom de leur espèce, dans la mesure où il y en aurait un, et en nous l’envoyant par la pensée, aucun mot humain ne ressortirait car aucun mot humain n’existe pour désigner ça.
– Hum…je pense vous avoir suivi. Même si on ne comprends pas encore très bien ce système de communication, on peut essayer. Vous êtes les Sctroumpfs, annonça le colonel en pointant du doigt les extraterrestres. Je vous surnomme Schtroumpfs. Maintenant, comment vous appelez-vous ?
– Schtroumpfs, répondirent les petites voix dans la tête des soldats.
Les militaires rirent intérieurement, face à l’ironie de la situation.
Le colonel Jones utilisa son talkie-walkie pour faire part de la situation à son général.
– Mon général, ici le colonel Jones, vous n’allez pas me croire, mais… je… euh je ne sais pas trop comment vous l’annoncer en fait, nous-
– Vous avez perdu des troupes ? S’enquit le général.
– Non mais-
– Alors accouchez ! Qu’y a-t-il ?
– Eh bien, il semblerait que nous ayons découvert un peuple qui ne viens pas de la Terre.
– On n’est pas le premier avril… arrêtez vos conneries !
– Avec tout le respect que je vous dois, ce n’est pas une plaisanterie mon général, nous communiquons avec eux en ce moment même. Ils sont blancs, petits et disent venir en paix.
Dans son bureau, situé à des milliers de kilomètres de ce territoire mongolien, dans lequel se faisaient face deux espèces issues de planètes différentes, le général entendit lui aussi les petites voix.
– Nous venons en paix, d’après nos envoyés, votre peuple n’est pas capable de télépathie. Vous devriez nous croire à présent, cette preuve relate d’une technologie extraterrestre.
Complètement choqué le général termina sa phrase avant de reposer lentement son talkie-walkie sur la table.
– Je vous crois... Jones, affirma ce dernier.
Le colonel raccrocha son dispositif de communication à sa ceinture, observant ce mystérieux peuple, annonciateur d’une nouvelle ère pour l’humanité.
Le 20 janvier 1996, cette date resterait à jamais gravé dans les mémoires, la date à laquelle les Schtroumpfs et les humains avaient établis le contact.
Deux ans plus tard, les deux peuples avaient appris à se connaître et se respecter l’un l’autre, malgré les immenses différences culturelles. Une alliance inter-espèce avait été formée. Les Schtroumpfs, maintenant surnommés Aéyalles avaient proposé de partager leur technologie si les humains partageaient avec eux leur culture, une partie de leur propre technologie, et les aidait à extraire des minerais sur d’autres planètes comme de l’acier ou du titane. Les Aéyalles possédaient une technologie bien plus évoluée que celle des humains, mais ce n’était pas un peuple cupide, cela les importait peu que les humains soient moins avancés qu’eux.
La zone 51 s’était familiarisée depuis ces deux longues années avec la technologie octroyée par les Aéyalles et faisait de nombreux progrès. Les armements avaient évolués de façon spectaculaire, dans le plus des secrets. Les Aéyalles étaient plus axés sur la spiritualité que sur la technologie pure et dure. Leur esprit, contrairement à leur faible force physique était capable de prouesses.
Ces êtres communiquaient entre eux par le biais de tout un panel d’émotions infiniment plus complexes que la simple peur, joie ou colère. Ils n’avaient pas besoin de mots pour se comprendre, une sorte de sixième sens leur permettait d’échanger sans utiliser ce genre de système. C’est ainsi qu’ils avaient pu communiquer avec les humains. Ce n’était de loin pas la seule compétence de ces Aéyalles. Leur espèce était aussi capable de télékinésie, pouvant ainsi déplacer des objets de plusieurs kilos par la seule force de leur pensée. Tels des moines tibétains, la vie semblait couler sur eux sans les affecter, tant au sens figuré qu’au sens propre. Insensibles à la morsure du temps, leur organisme ne vieillissait jamais. Les Aéyalles n’étaient pas touchés par les maladies, ils ne mourraient pas de vieillesse ou de virus. À la manière des fourmis, l’individu ne primait pas dans leur société, la collectivité passait avant tout. Il n’y avait cependant aucune hiérarchie dans leur espèce, personne ne dirigeait personne, c’était un concept qui n’avait jamais existé pour eux.
Néanmoins, la plus incroyable de leur capacité n’était ni leur insensibilité à la vieillesse, ni leur capacité de télékinésie, pour un humain tout du moins. Les Aéyalles pouvaient transformer leurs pensées en énergie. Dans l’univers, toute pensée, matière ou organisme n’était que de l’énergie sous une forme ou une autre. Ces extraterrestres étaient alors capables, lorsqu’ils se concentraient de produire une quantité phénoménale d’énergie exploitable. Grâce à un appareil que les humains avaient surnommé « le collecteur » , les Aéyalles stockaient leur pensée dans cet objet, et peu à peu, ces dernières se matérialisaient sous forme d’ énergie pure, mais instable. Il n’y avait ensuite plus qu’à la transformer sous la forme souhaitée. Au début, les humains convertissaient cette énergie en électricité grâce à un alternateur. Rapidement, ils se rendirent compte qu’elle aurait été bien plus utile dans la recherche sur l’antimatière.
Vingt deux ans plus tard. En 2020, voyait le jour le premier vaisseau spatial jamais créé par les humains. Grâce aux connaissances des Aéyalles et à la main d’œuvre humaine, le prototype Chaos avait vu le jour.
– Comme vous pouvez le voir, mon général, commença le directeur en chef responsable de la construction du vaisseau dans la zone 51, Chaos est terminé. Il nous aura fallu près de vingt ans mais grâce à l’aide de nos amis Aéyalles il est prêt à décoller.
– Parlez moi un peu de ses caractéristiques.
– Je suppose que vous savez qu’il fonctionne à l’antimatière. Au départ nous la produisions dans des collisionneurs de particules. Mais l’énergie produite était un milliard de fois plus faible que celle utilisée pour la produire. Nous avons ensuite tenté de produire cette antimatière grâce aux collecteurs des Aéyalles, mais cela nous aurait prit des milliards d’années juste pour avoir la quantité nécessaire à ce vaisseau. Finalement, grâce à une technologie mise en place par des scientifiques russes, nous avons pu en produire en grande quantité. En plaçant un rayon laser ultra lumineux face à une feuille d’aluminium, si un électron se déplace assez vite dans ce laser, il va émettre des photons qui vont se désintégrer en paire électron-positron. Soit matière et antimatière.
Ces paires vont à leur tour émettre des photons qui vont eux même émettre de nouvelles paires. Le nombre de paires se multipliera alors de manière exponentielle.
– Pas la peine de m’embrouiller avec vos discours scientifiques, grommela le général.
– Désolé, je pensais pourtant simplifier… Mais attendez, je n’ai pas fini ! Reprit-il en replaçant ses lunette sur son nez à l’aide de son majeur. Grâce à cette méthode, nous sommes parvenu à créer une quantité énorme d’antimatière. Les Aéyalles ont trouvés il y a quelques mois seulement un moyen de stocker cette antimatière instable. Pendant ce temps, nous avons continué la construction du vaisseau.
– On la maîtrise maintenant cette antimatière oui ou non ?
– Oui on-
– Bien ! Pas la peine de se faire plus de souci alors ! À quelle vitesse il va ce vaisseau ? Sur la cahier des charges, il était prévu qu’il se déplace à plus de 100 000 000 kilomètres heures.
– C’est le cas. Sa vitesse sera d’environ 130 000 000 kilomètres heures ou 3 600 kilomètres par seconde.
– Hum pas mal…
– C’est même incroyable ! Nos fusées habitées les plus rapides pouvaient aller à 40 000 kilomètres de l’heure, soit 11 kilomètres par seconde. Déjà que c’était énorme, vous imaginez maintenant, avec un engin près de trois cent fois plus rapide ?
– En effet, cela permet un immense gain de temps.
– Et ce n’est pas tout. Sa structure en aluminium, acier et matériaux composites lui permet de résister à la friction de l’atmosphère lors du décollage. Avec ses vingt mètres de long sur ses huit mètres d’envergure, il pourra transporter onze passagers. Six de ces passagers seront des Aéyalles.
– Je le sais déjà ça. Mais comment pouvez-vous savoir que le vaisseau va fonctionner sans l’avoir testé ?
– On n’est pas sûr, ce n’est que de la théorie, mais à priori, il n’y a pas de raisons que cela ne fonctionne pas.
– Est-ce qu’il serait prêt à décoller immédiatement ?
– Oui mais il-
– Très bien, convoquez les Aéyalles. Préparez les équipes, et passez l’annonce, le vol d’essai aura lieu demain. Vous avez 24 heures pour vous préparer.